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Juillet 2011

Algérie : Le ramadan entre tensions et morosité

Entre vie chère, protestations sociales et immobilisme politique, le mois de carême débute ce lundi 1er août dans une ambiance bien morose.

Algérie : Le ramadan  entre tensions et morosité
Malgré des importations massives, la table de ramadan va coûter cher.(DR)

Il faisait 40 dinars. il y a encore quelques jours mais en cette veille de ramadan, le kilo de tomates est passé… à 80 dinars ! Quant à la viande de bœuf, elle flirte avec les 1000 dinars le kilo.Hors de prix pour la plupart des Algériens dont le salaire minimum n’atteint même pas 15 000 dinars. Cette année encore, le ramadan, mois de grosses dépenses pour garnir la table du f’tour (rupture du jeûne) va coûter cher.

Toujours plus d'importations. Si le gouvernement a bien prévu un programme massif d’importation de produits alimentaires (600 tonnes de viande bovine surgelée en provenance d’Inde, 13 000 tonnes de concentré de tomates) pour prévenir les pénuries, il ne parvient pas à enrayer la spéculation et continue d'alourdir la facture des importations. Pour aider les ménages les plus pauvres, le ministère de la Solidarité a revu à la hausse son dispositif d’aide et a dégagé environ 30 millions d’euros. Au total, 1,4 million de personnes devraient bénéficier de ce qu’on appelle le «couffin du ramadan». Autre spectre récurrent du mois de carême mais plus menaçant cette année : la crise du pain. Un vrai drame pour les Algériens qui consomment 49 millions de baguettes par jour. Les boulangers, excédés par les fréquentes coupures d’électricité qui leur font perdre leurs fournées, menacent de faire grève ou d’augmenter le prix du pain, subventionné par l’Etat, d’environ 10 centimes d’euros. Selon l'Union générale des boulangers, un millier d'entre eux auraient fermé boutique depuis le début de l’année. A El Oued (sud-ouest), il y a quinze jours, la pénurie de pain a même provoqué des émeutes.

Un mois d'émeutes. Routes coupées, chefs de daïras (sous-préfecture) agressés, bâtiments publics incendiés… Le mois de juillet a globalement été agité partout dans le pays, et fait nouveau, même dans les campagnes. D’Oran à Annaba en passant par Sétif ou Ouargla, les Algériens ont protesté contre le manque d’eau potable, la corruption dans la distribution de logements sociaux ou pour réclamer un emploi, le raccordement au gaz de ville ou le ramassage des ordures. En urgence, le gouvernement doit éteindre le feu qui couve à Hassi R’mel, troisième plus grand champ gazier au monde, qui assure 65% des rentrées en devises du pays. Les employés de Sonatrach, qui avaient mené une grève de plus d’un mois en avril dernier, avec grève de la faim, menacent de reconduire leur mouvement. Leurs revendications portent sur le système de rémunération.

Un "suicide politique". Pour l’Etat, c’est un véritable cercle vicieux : car il ne peut continuer indéfiniment à distribuer la rente (les transferts sociaux, parmi les plus importants du monde arabe, représentent chaque année environ 15 milliards de dollars). Mais incapable de proposer une alternative, il peine à contenir la colère sociale. D’autant que les consultations sur les réformes politiques engagées par le président Bouteflika n'ont, en l'absence d'un agenda clair, pour l'instant rien donné. A l'occasion d'une réunion de ses cadres, Louisa Hanoune, porte-parole du Parti des travailleurs, a même déclaré que cet immobilisme était "suicidaire". Dans ce contexte, la rentrée s’annonce agitée. Après un an de négociations vaines avec le ministère du Travail, le Comité national de défense des droits des chômeurs a déjà appelé à la mobilisation générale devant la Présidence pour le mois de septembre.



Melanie Matarese
Mise en ligne :31/07/2011



 
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