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Juin 2011

Le modèle turc face à la tentation autoritaire

Tayipp Recep Erdogan a décroché un troisième mandat mais n'a pas réussi à rassembler la majorité renforcée des 2/3 des sièges du parlement pour entamer la réforme constitutionnelle visant à transformer le système politique turc en régime présidentiel

Le modèle turc face à la tentation autoritaire
Recip Tayipp Erdogan, premier ministre turc (DR)

Recep Tayyip Erdogan, le "leader du Moyen-Orient", comme l'ont surnommé ses supporteurs tout au long de sa campagne électorale, vient de remporter un nouveau succès. La réélection du premier ministre turc pour un troisième mandat était attendue et lui permet de battre un record de popularité et de longévité, jamais atteint depuis Mustafa Inönü il y a plus d'un demi-siècle.

Cette victoire n'en est pas moins éclatante. Avec la moitié des suffrages aux législatives du 12 juin, en progression par rapport au précédent scrutin de 2007, le Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan a balayé ses adversaires. Au vu du bilan du parti au pouvoir, cela semble logique.

En huit années, sous la direction de ce gouvernement pragmatique converti au libéralisme économique et sous la houlette de ce parti islamiste moderne, la Turquie s'est profondément transformée. L'inflation est quasiment maîtrisée. La croissance s'envole : près de 9 % en 2010. Le revenu annuel par habitant a plus que triplé en une décennie. La Turquie est devenue la 16e économie mondiale et la 6e en Europe.

En pleine confiance, la Turquie, éduquée, équipée et industrialisée, dont l'âge moyen de la population est de 28 ans, avance vite. Et les jeunes Européens de pays en crise, tels que la Grèce ou l'Espagne, commencent à émigrer vers Istanbul, ce nouvel eldorado aux portes d'une Europe anémiée.

Mais une telle énergie ne peut pas se satisfaire d'une démocratie imparfaite. Les tendances autoritaires, pour ne pas dire autocratiques, du premier ministre Erdogan ont jeté une ombre sur la fin de son deuxième mandat. La démocratisation n'a pas suivi le rythme des indicateurs économiques. Les relations avec l'Union européenne sont quasiment gelées, laissant Chypre divisée.

Les critiques virulentes contre ses adversaires, ses procès contre des journalistes et son mode de gestion musclé laissent craindre une "poutinisation" du premier ministre. M. Erdogan règne en maître sur l'appareil de son parti. C'est lui seul qui a choisi les candidats députés et lui seul qui formera son nouveau gouvernement. L'ambition du chef de l'AKP est de faire évoluer Ankara vers un régime présidentiel, "à l'américaine". A n'en pas douter, pour en occuper le premier rôle.

Pourtant, l'actuelle Constitution, lourd héritage d'un pouvoir militaire longtemps omniprésent, doit être réformée en profondeur. Une Constitution civile est attendue, notamment pour mieux répondre aux revendications culturelles et politiques des 15 millions de Kurdes, qui réclament une reconnaissance de leur identité et dont les révoltes ont jusqu'ici été matées par la force.

Cette nouvelle Constitution sera le révélateur des intentions du leader turc, qui, en raison d'une majorité trop courte de quelques sièges, devra parvenir à un consensus avec l'opposition. C'est l'occasion pour lui de retrouver le souffle réformateur de son premier mandat. Faute de quoi le fameux "modèle turc", auquel songent les pays arabes en révolution, restera un modèle inachevé.





Le Monde
Mise en ligne :13/06/2011



 
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