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Août 2010

Djamila Houacine, au four et au moulin

Une soirée de Ramadan, entre ombrine et zlabia
Au menu des Houacine, la diversité

Djamila Houacine, au four et au moulin
Djamila Houacine (ph alfa)

Du poisson pendant le Ramadan ? Ça se peux-tu ? Parfaitement. Et c’est succulent ! Djamila Houacine avait mis les petits plats dans les grands pour ce sixième jour de Ramadan correspondant au 16 août 1431. De l’ombrine, du merlan, du vol au vent précédés, bien sûr, par la chorba, immuable et irremplaçable. Pas de Hamoud Boualem. Introuvable. Ahmed Houacine, le mari, a eu beau chercher, rien, nada. Des rumeurs ont couru Montréal. Des jeûneurs, « gagnés » par Ramadan en seraient venus aux mains pour un casier de Sélecto. Du jamais vu. Au Canada, les Algériens ont su organiser la pénurie. Les légendes urbaines se sont emparées de l’affaire : un plein conteneur de la divine boisson serait au port, attendant que la soif générale fasse monter les prix. Hamoud Boualem, bientôt en bourse ? Une affaire à suivre.
A Montréal, malgré le décalage, on perpétue les traditions : Sofia, la fille du couple, 14 ans bientôt, fait courageusement carême. À part la première journée où elle a flotté, les autres ont été « cool ». Elle aide sa maman, pose les couteaux, les fourchettes, les assiettes, passe le sel, le poivre, retourne à la cuisine, revient avec la soupière, jette un coup d’œil à la table pour s’assurer que tout est OK. Mahrez, l’ainé, est invisible; il apparaitra quand l’adhan aura fait entendre sa voix à 20 heures et deux minutes. Hamza, l’autre frère, est au travail. Sa maman surveille la pendule. Elle enveloppe deux bourreks, quelques dattes, saute dans la voiture, porte à son fils de quoi rompre – minimalement – le jeûne. À l’heure dite, c’est l’appel à la prière. Dehors, les derniers rayons du soleil illuminent un fond de ciel qui se traine. La chorba, chaude, juste ce qu’il faut, est sifflée avec délectation. Une deuxième tournée s’avère indispensable pour mettre les estomacs à niveau. Puis on goute au poisson. L’ombrine passe comme une lettre à la poste. Ahmed veut m’en resservir, je proteste, il obtempère. Dommage. J’en avais vraiment envie. Je ne voulais pas jouer l’affamé. Le ventre vide oui, de la tenue aussi.
Le vol au vent à la financière m’a rappelé celui de la Brass d’Alger. J’ai desserré ma ceinture d’un cran, me suis calé contre le dossier de la chaise, me suis laissé aller sans retenue tout en affichant, toujours, un minimum de tenue.
On a ensuite papoté. Les éternels sujets. L’Algérie, le Canada pour constater qu’a force de ramer, on est finalement près d'arriver. Djamila, après avoir longtemps opéré à la maison, ouvre, à la mi-septembre, une garderie de 80 places. Tout un projet. Le financement, l’encadrement, la gestion. Une montagne à laquelle Djamila, au four et au moulin, s’est attaquée des années durant avant d’arriver au sommet. Ahmed Houacine : « Sans les garderies, le Canada n’existerait pas ». Vu sous cet angle, en effet…
Canal Algérie montre l’évasion de Ben Boulaid, héros de la révolution, le tunnel creusé, les inspections des matons. Rachid Farès et Slimane Bénaissa, acteurs au long cours, s’activent dans le noir, demandent de la lumière pour rejoindre celle de la liberté. Le cinéma algérien revisite la Révolution, c’est là que tout s’est passé. Après ce n’était plus qu’une pale figuration.
« Le cri de la mouette », un film tourné entre Cherchell, Bou-Haroun et Tipasa, est le sketch-chorba par excellence. Un père de famille tenté par une aventure extra conjugale retrouve le droit chemin. Un film qui ne prend pas de place, qui ne mange pas de pain. De la barbe à papa bien légère pour l’after-f’tour.
Avec le café et le thé, Sofia sert une curieuse zlabia, fine et enchevêtrée. La pâtisserie vient du marché Kaboul, 1310 boulevard Curé-Labelle. Partie d’Afghanistan, la jalabia a rebondi, par l’effet de l’immigration, à Laval.
Vingt trois heures. Le temps passe vite. C’est l’heure de prendre congé. Sur la 15 sud, les voies sont désertes. Les voitures roulent vite. Demain est un autre jour.



Mustapha Chelfi
Mise en ligne :17/08/2010



 
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