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Juin 2010

Mais où est donc passé Rooney?

La foule a fait la fête. Pendant sept heures, le Petit Maghreb est devenu vert-blanc-rouge

Mais où est  donc passé Rooney?
De g à d: Tarik Fodil-Bouras, Mehdi Ameur, Samir Ghilane, Hamza Rehab, Amine Makeb (ph alfa)

Au restaurant Walima, il y avait Lamine Pacha, seul à sa table, en train de s’expliquer avec un couscous au jarret d’agneau, un œil sur le plat, l’autre sur l’écran télé devant lequel Toufik Merazi, de la Table Fleurie d’Algérie, avait réservé une table de dix. Au fond de la salle, deux dames qui suivaient distraitement le match. Les cafés, eux, faisaient salle comble. Avec quatre écrans on pouvait à peine contenter le monde. La partie valait la peine que l’on hausse le cou pour elle. Il y avait de quoi. Les Fennecs, à qui on avait apporté de notables changements, gambadaient sur le terrain, montaient, descendaient, courraient sans se préoccuper où il allait, faisant fi de toute construction avec pour seule stratégie de conter les Anglais, pris au cas par cas. Avec un jeu ultra défensif, Rooney était mis sous l’étouffoir. Les Anglais et les Algériens faisaient fifty-fifty, un coup pour nous, un coup pour eux. L’Angleterre, ce n’est pas rien. Devant plus forts qu’eux, les Algériens ont relevé la tête et ont rendu coup pour coup. Après une demi-heure bien enlevée, les supporters se sont mis à espérer : d’abord le match nul, ce qui est en soi une victoire puis, à quelques minutes de la fin, le coup de grâce. Lorsque le coup de sifflet final retentit, le Petit Maghreb, sous un soleil estival, s’agita d’abord doucement des supporters qui avaient suivi le match in situ. Puis, peu à peu, une rumeur de klaxons devança le cortège de voitures qui affluaient de partout, Lava, Rive Sud, plus loin encore. Les Algériens venaient de réaliser que leur équipe avait réalisé un exploit. Boumediene Belguendouz, sur les marches du Café Najah, dansait, l’air encore extasié. Instantanément, les affaires avaient repris. Cafés, boissons, pâtisseries, on s’en jetait autant qu’on pouvait derrière le col. Sur les trottoirs, sur les bancs, les marches, les chaises, debout, en marchant, on commentait la partie, chacun s’improvisant entraineur, délivrant des bons points ou sortant des cartons rouges. La magie du foot opérait. Toute une communauté qu’on croyait heureuse de son rêve américain retrouvait l’espace d’une partie son pays perdu. Les drapeaux, les écharpes, les chapeaux, les casquettes, pas un mètre carré qui ne soit peint et repeint aux couleurs nationales. Les filles, les femmes disputaient le goudron aux jeunes, aux hommes qui n’avaient d’autre choix que de leur faire de la place. Les bébés même se mettaient de la partie, enrôlés de force sous le drapeau national.
Sous le soleil, dans une atmosphère bon enfant, les Algériens faisaient l’avenue, montaient et descendaient de Saint-Michel vers Pie IX puis inversement. Des connaissances qui s’étaient perdus de vue pendant trois ans se saluaient à coup de bousboussades répétées : « Ça fait un bail- Trois, exactement ».
Un nul qui vaut une victoire. Et contre les États-Unis ? Une victoire, bien sûr. Le Petit Poucet contre le grand méchant Ogre. Le Tiers-Monde et la Superpuissance mondiale qui allaient se parler d’égal à égal. Yebda contre Donovan, c’es équitable. Puis le rêve – américain – en couleurs. Et si, je dis bien et si, l’Algérie battait les États-Unis ? Quel symbole. Là, on est plus dans le soccer, on fait de la politique. Les États-Unis ont tellement tout, l’Algérie si peu de chose. Pour une fois, les choses seraient inversées. La montagne n’accoucherait pas d’une souris, ce serait le contraire. On déboucherait notre champagne national, du Hamoud Boualem, du Sélecto idéalement. Les bulles de la victoire nous monteraient au nez. On roterait de plaisir. Mission accomplie, le rêve continu. Vivement le 23. Les États-Unis, ce n’est quand même pas l’Angleterre. Quoi que… Au diable ! D’ici à mercredi, nous avons tout le temps d’être pessimiste. Pour l’instant , la victoire – pardon, le nul – est trop belle. Encore une fois, one, two, three, viva l’Algérie.



Mustapha Chelfi
Mise en ligne :18/06/2010



 
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