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Janvier 2010

Algérie- Cote d'Ivoire : Le match de tous les matches

Un combat au corps à corps qui a vu la victoire de ceux qui y ont cru jusqu’à la fin.

Algérie- Cote d'Ivoire : Le match de tous les matches
De gauche à droite : Mohamed Slimani, Nacer Hassaïne, Samy Islam Haroud, Imad Khaled, Toufik Merazi, Youcef Zerifi fêtent la victoire de l'équipe nationale contre la Cote d'Ivoire (ph alfa)

Au Safir, le café était bondé. Assis, debout, derrière le comptoir, de face, de dos, de guingois, dressés sur leurs orteils, les Algériens, le cœur battant, la gorge étranglée, les jambes en coton ont suivi sur tous les écrans télé du café – trois – une lutte féroce, un combat épique, une empoignade frénétique. Deux équipes – les Éléphants contre les Fennecs – se sont données à fond, jouant un football total, généreux, sans arrière-pensées hormis celles de fournir le spectacle. Et quel spectacle, quels rebondissements, quel suspense. Quand à la quatrième minute, dès le début du match, Kalou ouvre le score, c’est la consternation. Les Algériens reçoivent le but comme s’il était le premier d’une longue série. Le score Algérie- Malawi (0-3) est encore dans les esprits. Les coéquipiers de Drogba allaient-ils fusiller les Fennecs et leur faire passer l’envie de chausser des crampons ? Les supporters commençaient déjà à blasphémer, anticipant déjà une lourde défaite. Le cœur serré, les lèvres sèches, les doigts croisés, ils suivaient l’évolution du match. Certains commandaient des verres d’eau, d’autres allaient vider leur vessie au toilette. Au fil des minutes, l’équipe algérienne s’organisait. Ce n’était pas grand-chose mais c’était mieux que rien. On tentait de construire le jeu, c’était déjà cela de gagné. Les Ivoiriens, plus athlétiques, opéraient par longues passes et démarrages-canon ; les Algériens, plus frêles essayaient de contourner les solides Éléphants par des relais qui mettaient leurs adversaires dans le champ. Quelque chose d’imperceptible d’abord, de plus prononcé ensuite se produisait. Les Algériens reprenaient confiance, montaient vers les filets. Au Safir, l’assistance fut saisie d’un frisson. Le vent tournait, les joueurs algériens se faisaient plus mordants, en voulaient, tiraient vers les filets adversaires ou, par les ailes, s’infiltraient. La tension allait crescendo, les joueurs, auparavant éparpillés, formaient de plus en plus une équipe. Les « allez l’hiver » était la version algérianisée de « Allez les verts ». Et les verts y sont allés, de plus en plus vite puis à fond la caisse. Quelques minutes avant la fin de la première mi-temps, Matmour égalisait. Ce fut l’éruption, de la lave incandescente crachée par des poumons enflammés. Même les éclopés dansaient. La foule revivait. 1 à 1. L’espoir de nouveau. Hamou Becheriqui, le boss du Safir, un œil sur l’écran télé, l’autre sur la plaque chauffante distribuait casse-croutes et boissons fraiches, encaissait, rendait la monnaie. A la reprise du jeu, plus exactement à la soixante-huitième minute, le même Matmour, qui drible aussi bien au Borussia Münchengladbach, ratait un but alors que tout le monde jurait qu’il y était. Maghni alimentait ses coéquipiers, descendait, montait, labourait le terrain, semait ses passes, à gauche, à droite, en retrait puis, sans avertir, embrayait, passait à la vitesse supérieure, à la recherche d’un coéquipier démarqué. Faouzi Chaouchi n’en menait pas large, faisait barrage, comme il pouvait, tombait, se relevait, gagnant du temps, reprenant son souffle après deux chocs qui l’avaient mis à terre. Deux équipes sur les genoux qui essayaient de jouer quand même avec la tête, de repérer la faille, de s’y engouffrer pour porter l’estocade. C’est ce que pensa Keita, quand à la 89ème minute, il décochait un boulet de canon qui laissa le gardien algérien ébahi. Terminé. Fini. Classé. Certains supporters quittaient même le Safir. Le vent s’engouffra alors par la porte arrière. C’était la Bérézina, le froid extérieur s’ajouta au froid intérieur. Les inconditionnels cependant s’accrochait, trichaient avec les secondes, espéraient un dernier sursaut. Dans ces occasions, sait-on jamais. Un but juste avant le coup de sifflet, un miracle, un deus ex machina, n’importe quoi. Pas sortir comme ça, vidés comme des malpropres pour s’être fait surprendre par un tir qui avait trouvé les chemins du filet un peu par hasard, un peu par nécessité. C’est alors que l’impossible se produisit quand Bouguerra d’une tête vicieuse piqua la balle qui rebondit sur le gazon avant de pénétrer au fond des filets ivoiriens. La Cote d’Ivoire qui avait match gagné à 1 mn de la fin du temps réglementaire voyait s’ouvrir sous ses pieds le précipice des prolongations tandis que les Algériens ressuscités du fin fond des abimes footballistiques jetaient toutes leurs forces dans ce match qu’ils sentaient désormais, non plus à leur portée, mais en leur possession. Quand Bouazza score à la 92 ème minute, le Safir s’envole, les supporters trépignent, scandent le désormais classique One, two, three, viva l’Algérie. Les dernières minutes paraissent longues et les buts immanquables manqués ajoutent à l’angoisse d’une possible égalisation ivoirienne qui, heureusement, ne vient pas. À la fin du match, c’est la sarabande, un spectacle à la tombée de la nuit, dans le froid de ce mois de janvier qui a empêché la communauté de fêter comme elle aurait voulu.
A la Table Fleurie d’Algér ie, un autre match commençait. Celui des commentateurs, spécialistes des buts manqués et des actions avortées. Thé ou café, le monde était partagé. Ceux qui avaient encore les jambes qui se dérobaient sous leurs pieds, se sont laissé aller sur les dossiers des fauteuils, ont commandé des litres d’eau pour s’hydrater. Ce match de tous les matches les avait asséchés. Certains ont mis du temps avant de recouvrer leurs esprits. D’autres allumés s’étaient regroupés autour de la table du fond, place réservée de Toufik Merazi, le propriétaire, lancé dans une discussion passionnée après match. Les gens venus pour la qarantita – une victoire ne se fête pas nécessairement au Hamoud Boualem – ont du attendre jusqu’à 20h30 avant de repartir avec leur précieuse boite sous les bras. Le lendemain 25, l’Egypte affronte le Cameroun. On suppute à perte de vue. Et si les Fennecs retrouvaient à nouveau les Pharaons sur le gazon ? Personne n’ose s'engager dans les pronostics. Demain est un autre jour.



Mustapha Chelfi
Mise en ligne :24/01/2010



 
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