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Novembre 2009

Algérie 1- Egypte 0 : les youyous de la victoire

En battant les Pharaons, les Fennecs s'envolent vers l'Afrique du Sud et la Coupe du Monde

Algérie 1- Egypte 0 : les youyous de la victoire
Après la victoire sur l'Egypte, manifestation de joie au Petit Maghreb (ph alfa)

Jusqu’à tout récemment, El Bahia était un salon de coiffure exclusivement pour hommes. Le duel au finish entre l’Algérie et l’Égypte l’a ouvert aux femmes. Je corrige, aux adolescentes. Il y un début à tout. Quand Antar Yahia a fusillé le gardien égyptien d’une balle assassine, les youyous ont fusé et, dès la mi-temps sifflée, Le Petit Maghreb a retrouvé des couleurs, en l’occurrence vert-blanc-rouge. Ce n’était pas fini. La deuxième mi-temps débutait. Les Algériens abandonnant l’attaque s’étaient réfugiés en défense, laissant les Égyptiens reprendre le dessus. Il a fallu toute la maestria de Fawzi Chaouchi, le gardien, pour annihiler des tentatives qui étaient quasiment des buts dans les filets. Après une période de flottement, les Algériens reprenaient le contrôle du match, sabordant les incursions des attaquants adversaires qui, cependant, s’aventuraient tout près des filets algériens.
Les Algériens, surtout dans les dix dernières minutes, ont joué la montre, égrenant même les secondes quand le gardien se couchait sur le ballon puis temporisait avant de dégager au moment où l’arbitre portait le sifflet à la bouche pour le rappeler à plus d’empressement.
Vers la toute fin, le match semblait se dérouler au ralenti, les supporters algériens craignant que les joueurs égyptiens n’égalisent dans les temps additionnels. Lorsque la fin de la partie fut sifflée, la moudja envahit instantanément Le Petit Maghreb, fermé entre Pie IX et Saint-Michel pour permettre à la communauté de fêter en toute liberté. Il y avait bien là cinq mille Algériens qui, instantanément ont rempli cette section de la rue Jean-Talon qui, c’est sûr, n’a jamais vu autant de monde circuler à la fois. Tous les cafés, les restaurants, les salons de coiffure ont été pris d’assaut. On s’asseyait par terre, on était debout, assis de biais, peur importe, on assistait à un match que personne ne voulait rater. Des élèves d’écoles et d’institutions réputées, où on ne badine pas avec la discipline se sont fait porter pâles, retrouvant leur vigueur devant le poste de télé. Ceux qui n’ont pas pu s’absenter du travail, ont vu le match sur leur laptop. Toute la communauté algérienne de Montréal semblait engagée dans un match qui dépassait le cadre de la compétition, concernait-elle la Coupe du Monde, pour engager le destin de l’Algérie, nation et société.
On a vu des scènes que seule l’exaltation peut produire : des couples divorcés, l’instant d’une victoire, se reformer, Abdelkader Kechad, de K’Sari, à la trompette soufflant la renommée retrouvée, Zahia Mouhous, DJ enflammée, mettant le feu aux poudres d’une festivité qui allait se prolonger jusqu’à tard dans la soirée. On vit même un restaurant – le Walima – fermer ses portes après qu’il eut épuisé tous ses couscous au jarret d’agneau et tajines au poulet. En face, à la pâtisserie du Grand Maghreb, les chaussons aux pommes, les croissants, les chocolatines ont été épuisés. On a failli même faire la file sur le trottoir. Au café Safir, ils étaient cinq autour de Hamou Becheriqui, a satisfaire une clientèle bigarrée, policiers et consommateurs, tous deux affamés, commandant trio et buvant force thé. À la Table Fleurie d’Algérie, la victoire sur l’Égypte a recrée l’ambiance de Ramadan. Debout, assis, on rattrapait le repas sauté pour cause d’estomac noué. Nadir Hocine, entre pizza et manchon au fromage, ne savait plus où donner des dents. Abdelkrim Belkaim, l’air très satisfait, dégustait un sandwich à la garantita. Des journalistes et des photographes se pressaient devant les comptoirs réfrigérés, se faisant prendre aux couleurs pastels des gâteaux devenus encore plus irrésistibles, en parlaient le lendemain dans leurs journaux. Des dizaines de clients, cinq minutes avant supporters endiablés, raflait des boites de gâteaux, commandaient et offraient à boire. Tous et toutes, drapeaux ceints autour des reins ou portés autour des épaules, n’étaient plus seuls. Un match de football, une victoire méritée, leur rendait une fierté un peu perdue dans cet exil qui condamne souvent à l’anonymat, qui brouille davantage une identité déjà sérieusement malmenée.
Le match de Khartoum a allumé des passions : cinquante supporters ont pris leur billet d’avion chez Djawad Mimouni, qui a eu la bonne idée de déménager Rawda Voyages, son agence, au cœur même du Petit Maghreb. Lors du match du Caire, on a vu Lamine Foura à la télé et, du coup, on avait l’impression que toute la communauté s’était déplacée au Cairo Stadium. Rue Jean-Talon, l'équipage d'Air Algérie, arrivé le 17,repartant le 20, se promenait au grand complet, commandant de bord, co-pilote et personnel de bord. Lui aussi, planait. Cette confrontation touchait également au symbole : Oum Edounia consentait à affronter les petits Fennecs qui, pour la circonstance, ont voulu se montrer grands. Les images, en boucle, des joueurs agressés, ensanglantés, diffusées sur Canal+ ont galvanisé les joueurs, indigné les supporters. Pour le match de Khartoum, Abdelaziz Bouteflika s’est mis de la partie, enjoignant Air Algérie, d’établir un pont aérien entre l’Algérie et le Soudan, afin de transporter 9 000 aficionados galvanisés qui ont débarqué à Khartoum pour le match et accessoirement pour la castagne. Une ambiance nucléaire, pour reprendre l’expression d’un confrère journaliste, puis l’explosion de joie et sinon la fission, la fusion d’un peuple qui retrouvait la joie perdue depuis un certain Allemagne-Algérie que Paul Breitner, le défenseur allemand, s’était vanté de gagner le cigare à la bouche. Lorsqu’ils se sentent méprisés, les Algériens redressent la tête, bombent le torse, pénètrent sur le terrain gonflés à bloc. Pire qu’une drogue, le foot est devenu un symbole national, parfois instrumentalisé par les pouvoirs pour en retirer un bénéfice politique. Le supporter lambda le sait aussi bien que l’intellectuel de haut vol. Mais pendant 90 minutes, tout le monde oublie ce qu’il sait de toute évidence. Seule la victoire compte et quand elle est là, Dieu qu’elle est belle!



Mustapha Chelfi
Mise en ligne :19/11/2009



 
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