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Novembre 2009

La Coupe du Monde se joue d'abord à Khartoum

Un match barrage à l’issu duquel un des deux pays sera éliminé. À deux jours de la rencontre entre l’Algérie et l’Égypte, la fièvre monte.

La Coupe du Monde se joue d'abord à Khartoum
Djawad Mimouni, Brahim Sakhi et Youcef Benbeskri. Ces deux derniers embarquent pour Khartoum (ph alfa)

Chez Rawda Voyages, les supporters entrent, alignent les billets de cinquante dollars ou passent leur carte de débit dans la machine. Djawad Mimouni et son équipe ne savent plus ou donner de la tête. Le matin même, raconte Djawad Mimouni, le propriétaire de l’agence, déménagée depuis le 1er novembre rue Jean-Talon, en plein cœur du Petit Maghreb, a appelé Alger, plus précisément au Ministère de la Solidarité Nationale pour solliciter un quota pour Khartoum. La réponse ne s’est pas fait attendre et Rawda Voyages a pu mettre en vente cinquante billets qui se sont envolés comme des pastèques en été. Devant le café Safir, les tambours de la guerre battent : des pancartes, brandies par des supporters ulcérés, proclament l’Algérie en deuil, font état de morts, détaillent même le nombre – 17. L’avion de la RAM décolle à 19 h 15, la correspondance pour Alger est à 11 h 45, l’arrivée se fait le 16. De là, vol charter sur Khartoum en prévision du match qui se déroule le mercredi 18.
Chez Rawda Voyages, Yacine Boulgourt, qui n’est pas spécialement un mordu du ballon, se déclare outré par la manière dont les joueurs de l’équipe nationale et les supporters algériens ont été traités : « J’y vais » Brahim Sakhi et Youcef Benbeskri sont tout aussi déterminés. Rendez-vous à Khartoum. Les rumeurs fusent, les supporters algériens suivent l’évolution de la situation en temps réel sur leur blackberry, font le point des derniers événements, s’abstiennent, devenus soudain superstitieux, de faire des pronostics. Plus aucune rationalité, nulle logique, aucun sang-froid. La politique a supplanté le sport. L’intervention du président Bouteflika – le billet de voyage à un prix symbolique – a incité même les démunis à embarquer. Tahar Morsli, le propriétaire du salon de coiffure El Bahia, se tâte. Partira, partira pas? : « Aujourd’hui, non; demain, peut-être ». Hamou Becherigui, du café Safir, ne peut pas. Trop de travail et puis ce match de Khartoum, il ne l’a pas vu venir. Comme la majorité des supporters montréalais, il était quasi sûr de la victoire des Fennecs.
Les policiers sont de retour dans le Petit Maghreb et canalisent les supporters algériens enflammés. Les drapeaux vert, blanc, rouge, projettent leurs étoile et croissant dans le noir. À Khartoum, les Algériens espèrent être nombreux. La population soudanaise penche, c’est ce qui se dit, en faveur de l’Algérie qui, espère-t-elle , les vengera des Égyptiens avec qui elle entretient des relations qui ne sont pas les meilleures au monde. Le plus grand pays d’Afrique a décidé de lever la formalité du visa afin de faciliter l’arrivée des Algériens. Les joueurs égyptiens, sous la houlette du rusé Chahata, peaufinent leur stratégie : planter leurs banderilles avant l’estocade finale. Les esprits, de par et d’autre, s’échauffent. Le ton monte. Contre Misr Oum El Dounia, l’Algérie de 1, 5 million de martyrs a décidé de jouer son va-tout. Des journalistes, par pleines pages, proposent un schéma tactique après avoir décortiqué le match de la veille. À deux jours de ce match décisif, la fièvre monte. Oublié le sport, le fair-play, le spectacle. À Khartoum, les joueurs sont conditionnés pour gagner. En Algérie, le peuple, l’armée, le gouvernement tremblent à l’idée d’une éventuelle défaite. En Égypte, on n’en mène pas plus large. En cas de défaite, les Pyramides vont trembler sur leur base et le Nil se retirer de son lit. Coup de fil à Rawda Voyages. L’avion de la RAM a décollé à l’heure. Les dés sont jetés. Tout le monde se croise les doigts. À deux jours du bonheur, deux pays, unis par l’histoire, la géographie, la religion et la langue, revendiquent le privilège d’être présents, en juin prochain, en Afrique du Sud pour la première coupe du monde qui se déroule sur le sol africain. Le problème, c’est que ce sera l’Algérie ou l’Égypte. Un des deux pays devra faire le deuil d’un rêve qui l’a tenu debout éveillé pour replonger dans le cauchemar d’un quotidien fait de frustrations et de privations qu’il avait fini par oublier.



Mustapha Chelfi
Mise en ligne :15/11/2009



 
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