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Octobre 2009

Le Québec sème, les immigrants récoltent -ils?

Lors d’une cérémonie autant interculturelle que conviviale, le Mouvement Desjardins a reconnu, le 1er octobre, la valeur et l’apport de l’immigration

Le Québec sème, les immigrants récoltent -ils?
Marina Kjrkarova, musicienne d'origine ukrainienne (ph alfa)

Au trente-neuvième étage de la tour sud du complexe Guy-Favreau, la vue est superbe sur le Saint-Laurent et au loin, sur le pont Jacques Cartier qui, d’une rive à l’autre, semble jouer à saute-mouton. Pour la Semaine Québécoise des Rencontres Interculturelles, le Mouvement Desjardins, pour la deuxième année consécutive, a tenu à souligner l’importance de l’événement en s’y associant.
Malek Badro, directeur et chef des relations interculturelles au Mouvement Desjardins, a reçu à diner une vingtaine de personnes qui se sont illustrées au cours de leur carrière, tant dans leur communauté qu’au sein de la société québécoise. Il y avait là Raffi Armenian, chef d’orchestre au Conservatoire de musique et d’art dramatique, habitué à mener son monde à la baguette, la très souriante Agness Grossman, une lionne à la crinière blanche, directrice artistique du Toronto Summer Music. La Roumanie était bien représentée : la calme Doina Harap qui vient de terminer un documentaire sur Peter Krautz paraissait détendue. Arrivée à Montréal, il y a vingt-sept ans, Doina Harap a beaucoup tourné. La reconnaissance de Desjardins récompense un parcours au long cours. De l’autre côté de la salle, assises côte à côte, Aliona Munteanu, Roumaine elle aussi, et Marina Kjrkarova, Ukrainienne, tous deux mutines et frondeuses. Quand elle a été appelée pour recevoir son prix, Marina Kjrkarova a tenu à faire un petit discours pour remercier Desjardins avant d’ouvrir le coffret-cadeau qui contenait un magnifique globe en cristal. Grâce à l’assurance de Danièle Laverdière, très experte au micro, la cérémonie est restée entre ton enjoué et cérémonial obligé. Ce juste milieu a fait que le temps est passé sans qu’on s’en aperçoive et permis que les invités fassent connaissance et échangent leurs cartes. Imed Sassi, consul de Tunisie à Montréal, en poste depuis trois ans, a été appelé également à la tribune. Vice-président depuis septembre 2009 du Conseil de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OAIC), Imed Sassi était accompagné de son épouse apparemment très fière de ce que les mérites de son mari soient reconnus par une institution qui est un véritable label au Québec.
En théorie, tout le monde sait que le Québec est une société interculturelle. Le problème est que chacun évoluant dans le ghetto de sa communauté, tout le monde se croit encore au pays. La cérémonie d’aujourd’hui, en rapprochant ces immigrants, en les faisant asseoir côte à côte, manger l’un en face de l’autre, a permis un constat qui, autrement, n’aurait jamais été fait. Veut veut pas, le mélange est plus riche que l’homogénéité. Le français est un ciment qui, s’il était renforcé, servirait encore davantage de dénominateur commun entre des gens, précisément, qui n’ont rien de commun.
Comment tirer profit de cette multitude de compétences qui ne demande qu’à s’exercer pour le plus grand bien de tous? Comment Magdalena Schweiger, agente de développement en interculturel, pourrait-elle faire effet de levier avec Khalid Janjua, président exécutif et chef des opérations à Beco Industries, elle d’origine autrichienne et lui pakistanaise? Ce genre de questionnement n’est pas futile. Il est au cœur du débat au moment où l’immigration assure le renouvellement démographique d’une province qui ne fait plus assez d’enfants pour assurer le renouvellement de sa population.
Depuis quinze ans que je suis au Québec, je n’ai jamais eu beaucoup d’occasions de discuter avec d’autres membres de la communauté. Sorti du Petit Maghreb, je me sentais égaré. Avec Amal Daouk, directrice des Opérations à Phoenicia, nous avons passionnément parlé du Liban. Avec Ana Maria Surugiu, journaliste à Tribuna Noastra, de Nadia Comaneci, qui a propulsé sur le devant de la scène mondiale la Roumanie lors des J.O de 1976 qui se sont déroulés précisément à Montréal.
Alors que la cérémonie trouvait son profil d’équilibre, la visite, impromptue, de Monique Leroux, présidente du Mouvement Desjardins, seule femme au monde à la direction d’une institution bancaire de cette importance, a relancé l’intérêt pour une cérémonie qui dérivait tranquillement vers une fin annoncée. Le déplacement de Monique Leroux, qui a un agenda surchargé, la simplicité de son arrivée sans aucun protocole, a définitivement installée cette Semaine Québécoises des Rencontres Interculturelles sous le signe de l’échange et du rapprochement. Malgré les difficultés à trouver ces mots, Selim Moghrabi, juif libanais né à Beyrouth en 1927, a tenu à remercier le Québec pour l’hospitalité prodiguée après que la guerre civile au Liban l’eut obligé à émigrer sous d’autre cieux. Tout le monde avait son histoire à raconter : comment des gens, nés dans des pays où ils avaient grandi et travaillé, où ils ont encore amis et famille, ont été obligés, parfois en catastrophe, de se trouver un nouveau pays pour redémarrer à partir de zéro. Je n’ai pas eu l’occasion de discuter avec tous les récipiendaires. Pas plus avec Magdalena Maslowska, d’origine polonaise, qu’avec M.N.S Swamy, professeur à Concordia, ayant fait ses études à Mysore (Inde) où il est sorti diplômé… en 1954. Également, mon chemin n’a pas croisé celui de Hamid Qutayaba, professeur de médecine à Mc Gill, pas plus que celui d’Irène Gianetti, directrice-générale de l’hôpital Santa-Cabrini. Trop de monde, pas assez de temps. J’ai ramassé toutes les cartes que je pouvais, noté les numéros de téléphone et les adresses courriels. Celle de Pauline Wong, présidente des Aliments Wong Wing de 1948 à 2002, actuellement présidente du Centre Sino-Québec de la Rive Sud. Également, un jour dans la Petite Italie, autour d’un espresso, j’aimerais demander à Antonio Sciascia, avocat, comment il fait pour être au four et au moulin, président de la campagne de collecte de fonds pour SOS Abruzzo, après le terrible séisme qui a frappé la région, et président, en 2007, du Congrès National des Italo-Canadiens de la région du Québec.
Je suis ressorti de cette cérémonie avec une meilleure perspective de ce que les immigrants peuvent apporter au Québec. En me demandant pourquoi, quand même, malgré les discours et les bonnes intentions, les immigrants, quand ils ne sont pas ainsi distingués lors de cérémonies taillées sur mesure comme celle d’aujourd’hui, ont tellement de difficultés à percer dans un pays censé être devenu le leur.



Mustapha Chelfi
Mise en ligne :01/10/2009



 
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