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Octobre 2012

Karim Akouche, un homme libre

Dans Montréal la nordique, Karim Akouche revient au pays des origines

Karim Akouche, un homme libre
Karim Akouche, la tête sur les épaules et des idées plein dedans (ph alfa)

«Dieu est le symbole des symboles», écrivait Carl Gustav Jung. On pourrait dire autant d’Allah. Karim Akouche, tête de Gavroche qui serait parvenu à l’âge adulte, n’a pas peur de s’attaquer à plus grand que lui. «Allah au pays des enfants perdus» est le titre du roman qui sort le 6 octobre. Je ne l’ai pas encore lu, je reviendrais dessus dans l’une des prochaines livraisons du journal. Quand Karim Akouche parle de son bébé, il n’a pas peur de s’avancer. C’est son côté Trois Mousquetaires, il est prêt à ferrailler pour défendre l’objet de sa passion. Karim Akouche a un côté nombriliste qui lui va bien. Nulle ostentation dans ses affirmations, nul doute aussi : «Tu verras, cela va te plaire». Karim Akouche demande qu’on le croie sur parole. Après tout, pourquoi pas? Je préfère quelqu’un qui parade sur la scène en jouant le rôle qui lui sied à un faux modeste qui se cache pour dissimuler sa dévorante ambition. Parlons un peu du livre ou plutôt laissons l’auteur s’exprimer : « Le roman commence le 1er novembre 2010 et s’arrête le 4 juillet 2012, la veille du cinquantième anniversaire de l’Algérie». Karim Akouche a dévoilé, dans ces phrases lancées comme un exorde, le fond de l’histoire et le cheminement du récit : « Au début, c’est l’amour de la patrie, le drapeau brandi…». Karim Akouche, soudain absent, ne termine pas sa phrase. Pas besoin. Tout le monde sait comment cela s’est terminé. L’Algérie a sombré, noyée par des naufrageurs qui l’ont induite en erreur et fait se fracasser contre les récifs pour la piller et accaparer son butin.

Trois personnages principaux se partagent le travail pour conduire l’histoire à son terme : «Il y a Ahwawi, le chanteur. En kabyle, Ahwawi, c’est le j’men foutiste. Zar, tu regardes en kabyle, est l’étudiant, le chercheur, le génie. Son rêve est de révolutionner les énergies vertes. L’environnement est son dada. Zof, le berger attaché à sa lopin, pour rien au monde ne voudrait quitter sa terre natale». Tous les éléments de la dramaturgie sont réunis : un chanteur, un scientifique, un politique. Car il ne faut pas se tromper. Quand on est né en Kabylie, l’aimer, le dire, c’est déjà faire de la politique. Karim Akouche aurait pu militer dans un parti. La première fois que je l’ai vu, c’était le 7 avril de cette année quand Ferhat Mehenni avait fait son discours devant des Kabyles qui l’avaient applaudi. J’ai remarqué Karim Akouche, en haut de l’amphithéâtre, près de la porte de sortie, appuyé contre un pilier, les bras croisés. Il écoutait attentivement mais semblait réserver son opinion. Quand on manie la plume comme l’épée, quand on frappe de taille et d’estoc, quand on est lu par son peuple, on est un parti à soi tout seul.

Non récupérable, Karim Akouche n’en a pas moins la tête sur les épaules et des idées plein dedans. Dans le documentaire de RDI, « Mon Algérie et la votre», programmé à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance du pays, il tire la sonnette d’alarme sur la situation faite à sa patrie. J’écris patrie en parlant de Bougie, Bédjaia, ou Vgayet comme je pourrais l’écrire de Tlemcen, Tilimssane ou Pomaria ou d’Annaba, Oran ou Ghardaïa. L’Algérie est ainsi faite de petites républiques qui remontent au temps des Romains, qui réclament chacune qu’on les reconnaisse pour ce qu’elles sont : le pays où l’on est né et d’où l’on est. Dans un pays où le régionalisme est un porte-drapeau et un étendard à la fois, le territoire est un marqueur très fort et nulle honte que l’on porte un amour excessif à son coin de pays.

Touche à tout, ici et partout, Karim Akouche parle de ces «enfants perdus» qu’il brandit comme un signe de ralliement : « Nous Berbères, nous nous disons «hommes libres». C’était vrai avant, ce ne l’est plus maintenant». Si jeune et déjà désespéré. Mais, déjà, une mèche rebelle relevé, il se redresse, déjà sur le pont, reprenant en main son équipage. Les naufrageurs peuvent se curer les dents, Karim Akouche, sait les chemins marins et les courants porteurs. Pas question que son bateau à lui se fracasse contre les rochers et que la mer le drosse à la côte.

J’oubliais de vous dire. C’est ce jeune homme bien sous tous rapports qui a écrit, en français, une pièce de théâtre qui a fait courir la communauté et la société d’accueil comme on dit. C’est lui aussi qui vient de lancer une maison d’édition, Nord-Sud.

Intarissable, Karim Akouche s’explique : « C’est un chant puissant, qui vise à rompre avec les civilisations artificielles, l’Occident qui s’accapare tout, oublieux de notre apport, nous Berbères, à la civilisation universelle. Je cite, à dessein, L’âne d’or d’Apulée de Madaure, aujourd’hui M’daourouch, non loin de Souk Ahras. Souk Ahras, l’ancienne Thagaste, où est né justement Saint-Augustin, un Berbère, évêque d’Hippone – Annaba- à temps plein et phare universel pour une civilisation en perdition. Ne prenez surtout pas Karim Akouche pour un berbériste. S’il l’était cependant, il aurait ses raisons.



Mustapha Chelfi
Mise en ligne :03/10/2012



 
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