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Décembre 2011

Said Sadi, état des lieux

En tournée aux Amériques, le leader du RCD a donné une conférence le 12 novembre dans laquelle il s'est interrogé sur le délabrement de l'Algérie

Said Sadi, état des lieux
Said Sadi : la Kabylie est en train d'être poussée à la limite

Dans la salle de l’auditorium du centre des loisirs du Parc, rue St-Roch, devant une assistance nombreuse, Said Sadi a démarré son intervention sur les chapeaux de roues. Dans un exorde saisissant, il a posé trois questions :

1-Pourquoi l’Algérie de 2011 est-elle rendue à un tel niveau de délabrement?

2- Comment est-on arrivé à cette stupéfiante contre-performance?

3- Qu’y a-t-il lieu de faire pour que ce pays en panne, et bientôt au bord de la faillite, puisse redémarrer?

Said Sadi a invité l’assistance à faire, avec lui, un constat en posant une question à laquelle il s’est proposé de répondre au cours d’une intervention musclée d’une heure qui se voulait à la fois incisive et discursive : «Y-a-t-il dans l’Histoire du XXème siècle un pays qui ait si rapidement et si profondément régressé que l’Algérie?»

Avant de répondre à la question, Said Sadi a remonté dans le temps, s’est arrêté particulièrement aux années 1956 et 1957, a cité le congrès de la Soummam et sa plate-forme qui avait balisé le chemin à l’Algérie pour l’après-indépendance. Said Sadi a cité les éléments constitutifs déterminants qui devaient servir de fondement à l’Algérie, une fois la liberté recouvrée. Sa cheville ouvrière, Abane Ramdane, visionnaire, y avait formulé un principe très simple : la primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur. Dans sa conclusion, la plate-forme de la Soummam prévoyait un horizon dégagé pour l’Algérie : «Le moment est proche où le peuple algérien recueillera les doux fruits de son douloureux sacrifice et de son courage sublime.»

En 1957, Abane Ramdane est assassiné par le MALG, l’ancêtre des services secrets. Tombé dans un piège, Abane Ramdane architecte en chef d’une révolution dont il était la tête pensante, est emmené au Maroc où il est assassiné froidement dans la région de Nador. Cette année 1957 vit également la mort de Ben M’hidi, dont l’assassinat déguisé en suicide par les parachutistes français, marque un tournant de la guerre, imprime une dynamique funeste aux suites des événements. Désormais, pendant que la lutte continue contre le colonialisme, les militaires surveillent les politiques, attendent l’indépendance pour passer à l’action et se saisir du pouvoir pour assouvir leurs ambitions sous prétexte que l’ALN/FLN était la seule force organisée capable de conduire l’Algérie sur la voie du progrès. Déjà la confiscation de la Révolution est pensée, réfléchie, organisée. Dans son livre, Amirouche, deux vies, une mort, un testament, dédicacé avant et après la conférence, Said Sadi avance l’hypothèse que la mort du colonel Amirouche en 1959 n’est pas celle fabriquée par les historiographes officiels du régime. Ce serait le MALG qui aurait informé les parachutistes français de l’itinéraire et de l’horaire de la troupe de quarante hommes qui progressait vers la Tunisie où le colonel Amirouche se rendait pour rencontrer les dirigeants du GPRA. Tombé dans une embuscade meurtrière, la mort du colonel Amirouche laissait la voie libre à Boumediene qui, ainsi, se rapprochait un peu plus des marches du pouvoir, assuré de mieux y arriver, d’autant plus qu’il avait soigneusement choisi de ne pas aller au combat, à l’abri derrière la frontière marocaine. (1)

En 1962, le GPRA est encerclé par les troupes de blindés, qui à partir de Tlemcen, rejoignent rapidement Alger. Exit Youcef Ben Khedda remplacé au pied levé par Ahmed Ben Bella qui joue le rôle dévolu à lui par Boumedienne se croyant assez malin pour reprendre la main une fois le pouvoir entre ses mains.

Dès l’indépendance, l’Algérie prend le contrepied de la plate-forme de la Soummam. La première Constitution algérienne votée en 1963 adopte dans son article 1, l’islam comme religion d’État. Un article qui transpire la manipulation de la religion afin de conforter les assises d’un pouvoir débutant qui choisit, dès son installation, la manipulation.

Said Sadi observe que « nous ne sommes pas sortis du dérapage de 1957» énumère les coups d’État et fraudes électorales avant de constater que le «rapport de l’institution politique à la société passe par la violence».

Derrière cet acharnement sous lequel se délite le projet démocratique, la sécurité militaire, la SM. Selon le leader du RCD il y aurait « cent mille agents projetés dans l’ensemble des institutions dont six cents pour la seule région parisienne qui surveillent qui est qui et qui fait quoi». La SM serait un monde à part «qui ne présente ni bilan ni possède de projet». La SM serait aussi derrière «la manipulation de l’islamisme». Said Sadi a une conviction: «Si le système tombe, tout le monde s’apercevrait que l’islamisme n’est qu’une escroquerie politique». L’un des éléments de réflexion que le leader du RCD propose concerne le Code de la famille de 1984 : « Ce n’est pas le FIS qui est derrière, ce n’est pas lui qui l’a créé». Quant à La Grande mosquée d’Alger, capable à son achèvement, d’accueillir cent-vingt mille croyants, elle apparait à Said Sadi, comme une autre preuve de ce que le régime manipule le sentiment religieux de la population au moment même où l’Assemblée Populaire Nationale, siège de la volonté populaire, est un coquille vide où les députés n’ont ni «bureau, ni secrétaire, ni attaché politique, ni bureau de comté dans la circonscription où ils ont été élus». Au détour, il rappelle l’incroyable phrase qu’aurait prononcé Belaid Abdesselam en 1992, alors qu’il était Premier ministre : «Nous ne laisserons pas le FIS appliquer la charia. C’est nous qui le ferons»

Quant à l’information, Saïd Sadi n’a pas de doute que «96% des journaux algériens sont une création du DRS, que la soi-disant ouverture des médias lourds, radios et télévision n’est qu’une illusion, la réalité des autorisations les concernant restant entre les mains des autorités».

L’Algérie serait au bord de l’implosion. Saïd Sadi cite des exemples : Le sud-ouest du pays «retrouve sa mémoire marocaine». Quant à la Kabylie, elle serait en train d’être poussée «à la limite». Tribaliste lui-même, le pouvoir pousserait au tribalisme afin de pouvoir durer. En dressant les Arabes contre les Kabyles, en poussant les Kabyles à s’interroger sur les raisons de leur trop grande patience, le système joue la peur et donne à choisir entre lui ou le chaos. Said Sadi énumère le nombre – 13- de ministres directement issus de la région de Tlemcen, celle dont est originaire Bouteflika, ou de l’Ouest algérien, plus particulièrement ceux aux commandes des ministères de souveraineté : Affaires étrangères, Justice, Finances, Intérieur. Quant à Abdelaziz Bouteflika, en tant que président, il est le chef suprême des armées.

Pour ajouter à sa démonstration, Said Sadi a détaillé la loi de finances 2012, dans les dispositions de laquelle il relève des aberrations, dénonce les budgets hypertrophiés des ministères de la Défense et de l’Intérieur, s’inquiète de ce que celui de l’Éducation nationale ait régressé. Said Sadi voit dans la loi de Finances 2012, «une déclaration de guerre» : «On a réduit de 29% le budget alloué aux investissements» puis brocarde « Nous sommes le seul pays où le nombre des anciens combattants est en augmentation : les anciens moudjahidines sont dix-sept fois plus nombreux en 2011 qu’en 1962, le Conseil Constitutionnel est sans président depuis six mois, la rentrée judiciaire prévue pour fin septembre n’a toujours pas eu lieu»

Dans la même foulée, Said Sadi dénonce le discours démagogique à l’encontre des élites émigrées. : «Après que tout a été fait pour les faire fuir, voilà qu’aujourd’hui, on les invite à revenir». Le président du RCD, en parlant du phénomène des harragas, porte à l’attention de l’assistance un chiffre effarant : «En novembre 2008, à la morgue d’Alicante, il y avait six cents cadavres d’Algériens». Les mesures prises par les autorités en direction de la jeunesse sont parfois loufoques : «Dans une commune du Chéliff de 7000 habitants, il a été délivré 35 agréments de pressing.»

Parmi les solutions proposées par Said Sadi, la démocratie pour remplacer la dictature et surtout la dissolution du DRS, la police politique.

Par une lente dérive, commencée il y a cinquante ans, l’Algérie, riche à milliards où 20% de la population vit sous le seuil de la pauvreté, ne tient debout que grâce au matelas de devises qui lui permet de faire face à toutes les éventualités. En axant sur le présent, le système refile la patate chaude aux générations futures. Dans un pays où il n’est pas possible de vivre du produit de son travail, où les prix sont excessivement élevés, où l’horizon est bouché, les Algériens, toutes sensibilités confondues, sont pris d’un sentiment d’inquiétude, d’insécurité et de frustration alors que la célébration du cinquantième anniversaire de l’Indépendance aura lieu en juillet prochain.

Cinquante ans qui auront vu un pays bien doté pour aller à la rencontre du développement et du progrès, sombrer doucement, coulé par la dictature, la mauvaise gouvernance et le gâchis.



Mustapha Chelfi

(1) Amirouche, deux vies, une mort, un testament

Éditions L’Harmattan.

340 pages. 25 dollars





Mustapha Chelfi
Mise en ligne :07/12/2011



 
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